Madeleine LAUGIER, la quêteuse d’Orgon était bonnieulaise



Madeleine LAUGIER , dernière née d’une fratrie de quatre enfants est née le 12 août 1801 à Bonnieux. Elle était issue d’une famille pauvre, et très jeune, elle dut participer aux travaux des champs pour aider sa mère veuve et son frère Gervais, tous deux de santé délicate. Elle ne put fréquenter l’école et resta toute sa vie illettrée. Il est vrai qu’à cette époque, le temps employé à acquérir quelques notions de lecture, d’écriture et de mathématiques paraissait du temps perdu pour le monde paysan et c’était difficile de leur faire comprendre que l’instruction était indispensable à l’homme, et que l’illettrisme était comme une lanterne qu’on avait négligé d’allumer et vous plongeait  à jamais dans l’obscurité.

Cependant, Madeleine fréquentait assidûment le catéchisme sous la férule de l’abbé JUSSIAN et passait de nombreuses heures en prières.

Devenue une charmante jeune fille, elle consacrait sa vie entre dévotions, travaux de la maison, ceux des champs et les soins qu’exigeaient son frère Gervais, atteint de rhumatismes articulaires aigus, qui l’empêchaient d’accomplir les travaux des champs.

Afin d’obtenir l’aide divine, Madeleine fit une neuvaine à Notre Dame de Lumières en promettant de se consacrer à la vie religieuse si son frère recouvrait la santé. Il guérit de cette maladie invalidante,Madeleine tint sa promesse et à sa majorité en 1821, annonça aux siens son intention de rentrer au couvent.

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Elle les quitta malgré les pleurs de sa mère et se rendit à pied jusqu’en Avignon avec comme sésame une attestation de l’abbé JUSSIAN et du premier vicaire l’abbé DARIES. Elle était confiante en l’avenir et se présenta aux portes de l’hôpital de Sainte Marthe, de l’ordre des religieuses hospitalières cloîtrées de Saint Joseph. Mais sa déconvenue fut égale à son chagrin. Son manque d’instruction et de dot ne lui permettait pas d’accéder au noviciat.

Devant son chagrin non dissimulé, la supérieure lui suggéra de se rendre à Orgon, où elle pourrait aider les indigents. En effet, l’hospice d’Orgon ne subsistait que d’aumônes et Madeleine pourrait en être la quêteuse. Elle quitta Avignon avec dans son maigre bagage une lettre de recommandation de la  Mère supérieure de l’hôpital.

Madeleine reprit la route vers Orgon, où elle arriva en avril 1821. Elle fut immédiatement acceptée par l’hospice et commença dès le lendemain ses fonctions de quêteuse. Elle revêtit pour l’occasion une robe en bure noire, une coiffe blanche que surmontait un béguin noir.

L’avocat H. GUILLIBERT en fit sa description en 1835 :

« Si cette femme était une femme comme les autres, si sa robe et sa croix ne la mettaient pas en dehors du monde, si sa vie enfin ne la faisait pas sacrée comme chose du Ciel, je pourrais vous rappeler qu’elle est jolie, qu’elle a de grands yeux noirs, beaux de naïveté et de modestie autant que d’éclat. »

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Tous les voyageurs, qui étaient for nombreux sur cet axe routier trouvaient, Madeleine, fidèle à son poste, de jour comme de nuit. Elle devait braver l’été, la chaleur étouffante, dans la poussière soulevée par les véhicules qui faisaient un va et vient incessant, les rayons acérés du soleil dans le beau ciel bleu provençal et l’hiver les morsures du mistral, du froid qui lui transperçait les chairs. Elle devait se réfugier parfois dans la maison de poste pour réchauffer un instant ses pauvres membres meurtris, mais elle était toujours aux aguets afin de ne rater un seul voyageur et donc une seule chance d’entendre le tintement d’une pièce qui tombait dans sa tirelire de fer blanc.

 

Elle vivait dans 2 petites guérites de bois meublées de façon très spartiate et son seul luxe était deux petites poupées de cire représentant une Sainte Vierge et Saint Joseph, un reposoir orné d’une croix et quatre petits cierges.

Elle subissait tout au long de l’année, nuit et jour les caprices du ciel et nous savons combien parfois le climat est rude en Provence, comme si une rançon était due pour avoir la chance de vivre dans une contrée si merveilleuse.

Sans jamais faillir, en ne dormant que quelques heures parfois assise sur une chaise en écoutant le bruit de la rue, elle arpenta cette route jusqu’en 1847, et ce fut l’arrivée du chemin de fer qui lui donna le coup de grâce et elle dut mettre fin à son dévouement.

Elle continua à aider les indigents allant jusqu’à visiter les nantis de la ville, profitant de sa renommée au sein de celle-ci, pour leur demander de l’aide. Elle les « imposait, levait sur eux la dîme de la charité ».

Elle reçut le prix Montyon le 3 juillet 1862 ainsi que la modeste somme de 3000 francs, qu’elle s’ingénia à utiliser afin de soulager plus d’une infortune.

Elle 20150812_161933mourut à Orgon le 11 mars 1880 et fut inhumée dans l’ancien cimetière qui porte aujourd’hui le nom de « Cimetière Madeleine LAUGIER ».

 

 

 

 

Poème extrait de « Et toujours le soleil ! » de Renée CHABAUD-FAGES

 

La Quêteuse d’Orgon

Lorsqu’au siècle dernier passait la diligence

Sur la route longeant le village d’Orgon,

Madeleine Laugier, aidant la Providence,

Demandait à chacun son obole, son don,

Car elle pourvoyait avec zèle et mérite

Aux besoins quotidiens du modeste hôpital

Et quêtait jour et nuit au seuil de sa guérite,

Tributaire du froid, du dévouement total.

Elle avançait menue en sa robe de bure,

Sa coiffe monacale et son vieux christ d’argent

La plaçaient au-dessus de toute créature.

Rouliers et Postillons, le sourire indulgent,

Connaissaient ce regard enfiévré d’insomnie,

Ce visage candide à l’étrange pâleur

Et la boîte de fer que d’une main amie

Elle tendait toujours à chaque voyageur.

Les prix Montyon sont décernés par l’Académie Française et l’Académie des Sciences et on été crées par Jean Baptiste AUGET (1733 – 1820) Baron de Montyon en 1782. L’académie Française décerne le prix de vertu et le prix littéraire et l’Académie des Sciences le prix scientifique.

portrait_de_montyon-374e1Le Baron de Montyon laissera à son décès un capital important destiné à récompenser des actions édifiantes.

Le prix de vertu ne fait pas l’unanimité chez certains écrivains tels Beaudelaire ou Remy de Gourmont. Honoré de Balzac le citera parfois dans ses romans.

Mr de Salandry, Directeur de l’Académie dira en 1838 :

« Nous cherchons dans la foule la plus ignorée pour les désigner aux hommages publics, ces hommes en apparence disgraciés du sort, en réalité privilégiés de la providence »

 

Sources :

« La Quêteuse d’Orgon » de René FAGES et Louis TERTIAN

« La vertu en France – La quêteuse de Maxime Du Camp -Gallica Journal de la Jeunesse

 » Sœur Sainte Madeleine, la quêteuse d’Orgon » H. GUILLIBERT – Gallica

Extrait du discours sur les prix de Vertu par Mr le Comte de Montalembert.